On connaissait les aînés de la fratrie Joubran, Samir 32 ans,et Wissam 21 ans, réunis sur la scène depuis trois ans. Un duo de joueurs d’oud, c’était déjà peu banal dans la tradition musicale arabe. Rejoints par le benjamin, Adnan, 19 ans ils sont désormais trois. « Je rêvais d’un trio. J’ai cherché le meilleur oudiste et c’était lui », affirme Samir avec fierté.
Sur scène, l’osmose est palpable. Leurs improvisations de virtuoses se répondent à la perfection. Un même accord prend son élan sur un instrument, continue de courir sur son voisin et s’éteint en esquissant une dernière pirouette sur le troisième. Et quand, taquin, Samir vient plaquer sa main gauche sur le luth arabe de Wissam, la main droite de celui-ci s’adapte, imperturbable.
Comme ils s’entraînaient depuis toujours. Ce n’est pourtant pas le cas.Samir vit avec sa femme et sa fille à Ramallah, Wissam, luthier comme son père, termine sa formation en Italie, au prestigieux institut Antonio Stardivari, et Adnan vit encore chez ses parents, à Nazareth. Sans cesse en tournée, ils n’avaient jamais joué tous les trois avant Août 2004.
« Le lien du sang est plus fort » assure l’aîné avec autorité.Comme lui, Wissam le charmeur et Adnan le rêveur ont le regard noir et brûlant.La même douleur fugace traverse leur visage quand ils interprètent, à travers les maqams, leur Palestine meurtrie. « Pour nous, la musique est une arme au service d’un message politique » assène Samir.
Car être un artiste palestinien, c’est « devoir parfois jouer le cœur lourd sur une scène à l’étranger, après avoir appris que sa maison a été bombardée » : c’est aussi « passer des heures au check point chaque jour pour aller enregistrer son disque dans un studio de Jérusalem-Est »
Et c’est, pour la plupart des musiciens, nombreux dans les territoires occupés, être condamnés au silenc, faute de producteur, d’argent ou de distributeur. Samir Joubran a donc créé le label Randana, du nom du premier disque de son Trio.D’abord pour eix. Ensuite pour tous leurs compatriotes.
