Les cordes sensibles du Trio Joubran
Trois frères, trois prodiges de oud, le luth arabe. Trois âmes palestiniennes à vif, acclamées tout autour du monde.Ils présentaient leur dernier album, Randana, hier soir aux soirées du Jeudi, place de la bourse. Envoûtant.
Samir, Wissam, Adnan ; leur trente concerts ensemble, « c’est de la musique génétique, mais pas harmonique ? Chacun force son caractère. Avec trois oud sur scène, pour la première fois, la musique est incroyablement puissante. »Le public est médusé, fervent. Et en admiration. Devant cet art prodigieusement maîtrisé, et dépassé en improvisations, déjà et aussi devant le courage de ces trois homme. Pour un triomphe au festival de Jérusalem, ceux qui sont acclamés à tout rompre au Caire, à New York, partout en Europe passent par des montagnes, oud sur le dos…Ou doivent subir quatre d’attente de check point israélien.Ils ont pourtant des passeports israéliens. Qui leur font essuyer des refus d’assister à des concerts à l’Opéra du Caire. Tant pis, ils l’ont vu quand même depuis la scène.
« Nos ouds ont été ciselés par Wissam. Trois ouds, nous trois, cela fait six frère sur scène ».dit Samir Joubran.L’histoire du trio Joubran, virtuose du luth arabe, a commencé à Nazareth. C’est d’abord celle de Samir, qui a tout appris de son père Hatem, luthier de renommé dans le monde arabe. Diplômé du conservatoire national du Caire, « je vis désormais avec une valise à la main », plaisante-t-il.Il initia au plus tôt son petit frère Wissam, qui l’accompagne en tournée internationale quand son apprentissage de maître artisan luthier à l’institut Stradivari, en Italie, le lui permettait : 150 concerts en duet. Diplôme en poche, il est enfin le premier Arabe à arborer ce titre. Wissam sourit : « Nos ouds sont nos bébés. Je les conçois, et nous les élevons tous les trois». Adnan les a rejoints il y a six mois.
Ils portent en eux cette dualité, commune à de nombreux palestiniens : leur art superbe exhale une souffrance qui ne les lâche pas. La chanson Ramallah August 10, c’est le jour où la maison de Samir a été détruite par un bombardement.C’est également sa femme et sa fille, restées à Ramallah, dont il a peu de nouvelles. Comment jouer dans de telles conditions? Justement « ramallah capitale culturelle de la Palestine, connaît une vie nocturne incroyable. Des concerts, du théâtre toutes les nuits. On reste vivants, très vivants. L’art est le seul moyen pacifique de résister. Le festival de Jérusalem, dans cette ville qui est morte pour les palestiniens, c’est le moment pour ressentir l’énergie de continuer à vivre.Malgré tout. »
Mahmoud Darwich le disait dans un de ses poèmes, avec la musique des Joubran en fond : « l’espoir est une maladie incurable chez les palestiniens. L’espoir d’une vie normale où nous serions ni héros, ni victime ».
Juste des artistes fabuleux.
