Si l’état d’Israël fait l’actualité pour des raisons politiques , le public cherbourgeois aura un tout autre aperçu, culturel celui-ci, avec la venue du Trio Joubran. Palestiniens aux passeports israéliens, les trois musiciens seront au vox, samedi prochain, à 20h45.
Soudés par les regards complices dans les sourires, unis par la tradition familiale du luth arabe, l’oud, et la connaissance intime des maqamats traditionnels, Samir, Wissam et Adnan sont aussi frères de sang. Maître luthier réputé, Monsieur Joubran père a appris l’oud à Samir et transmis sa passion du métier à Wissam qui sera le premier luthier du monde arabe à intégrer le célèbre Conservatoire Antonio Stradivarius en Italie. L’aîné suivra des cours à Nazareth au conservatoire Mohamed Abdel Wahab du Caire. Une fois son talent, son jeu harmonieux et magique reconnu, Samir acquiert une renommée moyen-orientale puis internationale.Sa rencontre avec Mahmoud Darwish, le grand poète de Palestine, lui fera ressentir les profondeurs de la poésie arabe.Adnan, qualifié de jeune prodige par ses deux aînés, ne jouait que pour lui-même jusqu’à il y a trois ans lorsque l’idée du trio est venue. Leur maîtrise de la musique savante arabe dont ils revisitent subtilement les mélodies classiques et traditionnelles,n’a d‘égale que l’allégresse que suscitent les défis d’improvisations qu’ils se lancent sur scène.
Les connaisseurs de tradition orientale ne s’y tromperont pas, il y a une virtuosité et une humanité proches de l’extase chez les frères Joubran.
Il y a surtout une confidence entre les notes, un silence comme suspendu entre colère et espoir, les traces de l’Histoire. « J’aime l’idée que le monde entier puisse entendre le monde de Ramallah chanter une chanson d’amour ». Palestiniens aux passeports israéliens parce que nés à Nazareth en Galilée, Samir et ses deux frères aiment à parler émotions plutôt que politique. La guerre, le sang, l’Intifada, les entêtants souvenirs habiteront à jamais leur musique. Comme la lutte pour la paix avec l’oud comme seule arme. Parce que là est leur héritage. De la rondeur caressante à l’ellipse ironique, le trio prolonge, renouvelle, et dynamise une tradition séculaire en y laissant entrer le souvenir de la musique byzantin., le vent lointain du flamenco et la chanson populaire palestinienne, comme autant d’ancrages poétiques au quotidien.
