Le Trio Joubran relit l'imposante tradition orientale en convoquant sur son territoire les musiques du monde, de Byzance à Cordoue.
Samir, Wissam et Adnan Joubran sont nés à Nazareth, ville palestinienne plantée en Galilée israélienne. Et s'ils occupent pleinement un territoire certains derniers temps, c'est celui de la musique ; universelle. Le papa est un luthier réputé dans le monde arabe et la maman a chanté l'art des mouachahat. Pétris de maqam traditionnels - genre savant vieux de treize siècles - et de vibrations ataviques, les trois frères lézardent aujourd'hui les murs qui cloisonnent leur horizon, bousculent l'orthodoxie et transcendent leur destin. Leur relecture virtuose et intelligente de l'imposante tradition orientale empruntent les voix de la chanson populaire arabe, celles de la musique byzantine parfois aussi celles de l'occident, du jazz au flamenco. Et à ces reprises, compositions personnelles et improvisations de porter en elles le souffle de la terre natale. Les frères Joubran « invitent des silences éloquents qui semblent souligner les traces de l'histoire (...) C'est de musique arabe dont il s'agit, mais c'est la Palestine qui se joue ici. Sans qu'il soit besoin de discours. La force de la musique, la vie qui en émane, la dignité qu'elle affiche sont d'une éloquence rare », écrit Étienne Bours.
C'est Samir, l'aîné, qui a ouvert la voie. Initié à l'oud par son père dès l'âge de cinq ans, il intègre l'Institut de musique de Nazareth pour finir ses études au Conservatoire du Caire. Son aventure scénique commence dans les années 1990 lorsqu'il part sur les routes moyen-orientales puis européennes. Il croise le chemin du poète Mahmoud Darwish avec lequel il intervient sur la scène du Printemps de Palestine en France en 1996 et du cinéaste Rashid Masharawi dont il signe notamment la bande originale du film Ticket to Jérusalem en 2002.
Wissam, premier luthier du monde arabe à avoir intégré le prestigieux Institut Antonio Stradivarius en Italie, rejoint Samir en 2002. Leur premier album collectif Tamaas témoigne de leur connaissance intime de la musique et de l'histoire de leurs instruments.
Considéré comme prodige par ses frères aînés, Adnan a fait ses débuts sur la scène internationale en 2004, lors des représentations de La Madâ'a création des chorégraphes Héla Fattoumi et Éric Lamoureux.
Franck Buchy
Le 10 février à 20 h 30 à Pôle Sud. 03 88 39 23 40. www.pole-sud.fr
