Par la magie de leurs ouds aux trois mélodies tressées, les frères Joubran inventent un monde qui n’existe pas : un monde sans frontières ni visas, où la musique passe librement d’un cœur à l’autre, sans heurter le moindre mur. Israéliens par leur passeport, Palestiniens dans leur cœur et leur culture, Samir, Wissam et Adnan font vivre sur scène ce rêve d’un monde sans limites.
Libre entretien avec Samir Joubran, fondateur du trio et compositeur.
Pour la première fois dans la musique arabe, trois ouds jouent ensemble. Pourquoi tenter ce pari ?
« J’avais plusieurs avantages pour réussir cette première. D’abord, je compose la musique des trois instruments. Ensuite, nous sommes trois frères, ce qui est un avantage génétique évident. En revanche, cela reste très compliqué de composer trois mélodies sans qu’aucune d’elles ne prenne le pas sur l’autre.
Vous parlez d’avantage génétique. Vous êtes issu d’une grande famille de musiciens. Aviez-vous un autre choix possible que l’oud. Devenir Elvis par exemple ?
Je n’avais pas d’autres options que la musique. Je n’aurais pas pu devenir footballeur par exemple. En revanche, ma famille est la fois très traditionnelle et très ouverte d’esprit. Mon père admirait Elvis…Surtout son côté star.
Votre père est resté incrédule quand il a su que vous vouliez enregistrer un disque. Pourquoi ?
Sans doute parce qu’il rêvait de ma voir accomplir ce geste : avant 1996, il n’y avait jamais eu d’album produit en Palestine. Alors il n’y croyait pas. Il me demandait si j’avais un distributeur et comment les gens allaient l’écouter sans lecteur de CD. Il rêvait pour moi d’une vie simple, avec la sécurité de l’emploi, femme et enfants. Aujourd’hui j’ ai réalisé 4 albums et fondé mon propre label. Et à mon tour, je rêve de produire d’autres artistes palestiniens.
Votre histoire est celle d’un dépassement de frontières. Votre musique est-elle le meilleur passeport ?
Officiellement, non. À cause de mon passeport israélien, je ne peux pas jouer dans certains pays arabes. Ma musique passe et est connue dans ces pays. Le plaisir est pour les autres et non pour moi. En revanche, la musique est le meilleur passeport pour atteindre le cœur des gens.
Pour vous, la musique reste aussi un combat pour la libération de votre peuple ?
Je me bats mais ma musique n’est pas politique. Constamment, je garde à l’esprit plusieurs questions : le peuple palestinien a-t-il besoin de ma musique pour prouver qu’il a le droit d’exister ? Ou ma musique a-t-elle besoin du peuple palestinien pour prouver qu’elle existe pour l’humanité ? Je n’ai toujours pas de réponse à ces questions. Je sais juste que la musique est un bon moyen de donner de l’amour aux gens. Pour moi, ces histoires de frontières, de nations et de drapeaux ne riment à rien. On devrait pouvoir avoir le droit d’être fier de son drapeau quelle que soit sa couleur ».
